Homélie pour l’Épiphanie du Seigneur

 

Isaïe 60, 1-6                       Psaume 71 (72), 1-2.7-8.10-13

Éphésiens 3, 2-3a.5-6        Matthieu 2, 1-12

 

                On a beaucoup entendu, au cours de la dernière année, une expression que, personnellement, j’entendais relativement peu auparavant, soit les « fake news » (les fausses nouvelles) : la fréquence d’utilisation de cette nouvelle expression m’apparaît symptomatique d’un monde qui doute, qui n’est plus sûr de la fiabilité des informations qui y circulent, et qui, plus profondément, n’est plus sûr de la vérité. Le doute, la méfiance, la confusion sont présents dans notre monde et l’obscurcissent, donnant ainsi une actualité nouvelle à la parole du prophète : « Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. » (Isaïe 60, 2)

 

                Que peut-on faire face à ces ténèbres? On peut s’enfermer chez soi, pour se protéger, rester en sécurité, se replier sur nos points de repères familiers, ceux qui nous restent encore et mener une vie individualiste, sous le mode du chacun-pour-soi). Mais ces ténèbres peuvent aussi stimuler au contraire notre quête de vérité, faire de nous des chercheurs de vérité. C’est le choix qu’on fait les mages de l’évangile.

 

                Comment commence cette recherche? « Lève les yeux alentour, et regarde. » (Isaïe 60, 4) Je peux choisir de limiter mon regard au ras du sol, pas à pas. C’est une attitude prudente, mais ça rétrécit le champ de vision, ça rétrécit la portée de la vérité qu’on cherche. Mais si je lève les yeux, le champ de vision s’élargit. Et si je lève les yeux plus haut, vers le ciel obscur, peut-être que je verrai une, dix, cent, mille étoiles! Ce n’est pas la lumière du jour, mais ça donne déjà des points de repère (les voyageurs, les navigateurs, notamment, se basaient sur les constellations pour s’orienter). Et c’est déjà beaucoup!

Dans les ténèbres de notre réalité, il y a des étoiles, si on regarde bien, si on veut bien lever les yeux : ce sont autant de signes que Dieu nous fait dans notre vie pour nous guider vers la lumière, vers la vérité à laquelle on aspire. Ils sont là, ces signes, mais encore faut-il les chercher, et pour les chercher, il faut consentir à un premier arrachement; arracher notre regard de ce qui le tient rivé à la terre et à son obscurité : nos préoccupations, nos soucis, nos problèmes.

 

                Peut-être même qu’à force de scruter les étoiles, nous pouvons à un moment donné discerner notre étoile à nous. Dans les Exercices spirituels, on appelle ça l’élection : une étoile qui porte un nom unique et sur laquelle on peut garder notre regard pour ne pas se perdre dans les ténèbres. Une étoile qui peut nous guider vers la vérité, une vérité lumineuse, la lumière du Christ. Donc, pour chercher la vérité, il faut lever les yeux, voir plus loin que la réalité immédiate, limitée et, il faut bien le dire, plutôt désespérante par moments.

 

                Mais il faut aussi accepter de se mettre en mouvement pour suivre cette étoile, accepter de se déplacer, et ça représente un autre arrachement. Il s’agit de s’arracher à la tentation du confort, du sentiment de sécurité que ce confort nous procure. Il faut faire comme les mages, et non pas comme les scribes et les prêtres, qui avaient les informations pour savoir où était le Messie, mais qui n’ont pas bougé.

 

                Dans le récit des mages, il y a une chose sur laquelle on ne donne pas beaucoup de détails, mais qui mériterait d’être contemplé, en priant ce texte : c’est le voyage des mages. On peut imaginer, en effet, que ce voyage comportait bien des difficultés. Les mages sont partis, un peu comme Abraham, sans savoir où leur voyage les menait, sur la seule foi d’une étoile nouvelle qui les intriguait, les questionnait. On peut imaginer que le chemin a été long pour eux, inconfortable, fatigant. On peut imaginer qu’ils ont eu des moments de doute ou des tentations de se décourager et de rebrousser chemin. Mais leur désir de vérité était plus fort que tout, et ils y ont cru, et en fin de compte, ils ont connu la joie. On peut penser aussi que les épreuves qu’ils ont traversées ont fait mûrir leur regard et les ont préparés à reconnaître dans le pauvre bébé couché dans une humble maison d’un village de Judée le Fils de Dieu, la lumière et la vérité qu’ils cherchaient.

 

                Nous aussi, nous avons faim de cette lumière et de cette vérité, et ce que Dieu nous redit, aujourd’hui, c’est qu’il nous offre, en la personne de son Fils, cette lumière et cette vérité en abondance. Notre part à nous, pour accéder à cette lumière et cette vérité, c’est de lever les yeux, de scruter les étoiles dans notre vie, les signes que Dieu nous fait, de chercher notre étoile (de la discerner) et, une fois que nous l’avons trouvée, d’y mettre notre confiance et de la suivre, même si elle nous fait sortir de notre zone de confort, et même si les chemins par lesquels elle nous mène sont parfois difficiles, éprouvants. Voilà ce que Dieu a à nous dire aujourd’hui : ce ne sont pas des « fake news », de « fausses nouvelles », mais une Bonne nouvelle!

 

(Maison Bellarmin, le 6 janvier 2018)

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